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POUR ALES BIALIATSKI LE PRINTEMPS SE FAIT ATTENDRE...


BIELORUSSIE. Depuis la réélection douteuse d’Alexandre Loukachenko à la présidence du pays en 2010, la situation des droits humains ne cesse d’empirer dans le pays. Symbole de cette répression : l’arrestation en août dernier d’Ales Bialiatski, président du Centre des droits de l’Homme Viasna.


Par Souhayr Belhassen | Présidente de la fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH)

Ales Bialiatski, vice-président de la FIDH et président du Centre des droits de l’Homme Viasna, a été condamné, le 24 novembre 2011, à quatre ans et demi de prison ferme en régime sévère et à la confiscation de tous ses biens, y compris les locaux de Viasna, en raison de ses activités de défense des droits de l’Homme. Accusé par les autorités « d’évasion fiscale à grande échelle », il est détenu au Bélarus depuis le 4 août dernier. Condamné au terme d’un procès inique, notre vice-président et ami purge aujourd’hui sa peine dans la colonie pénitentiaire N°2 de la ville de Bobrouisk, où il doit effectuer des travaux obligatoires. Les conditions sont rudes, mais cet infatigable défenseur de la liberté ne se plaint pourtant jamais : « Je m’inquiète pour tous ceux qui se trouvent de l’autre côté du mur, écrit-il depuis la prison. Et d’ajouter : «  Quant à moi, je me trouve très exactement là où doit se trouver un défenseur des droits de l’Homme dans la situation pourrie actuelle  ».
Il faut dire que depuis son arrestation il y a maintenant plus de huit mois, la féroce répression qui s’est abattue sur l’ensemble de la société civile à la suite de l’élection présidentielle très contestée de 2010, s’est encore intensifiée au Bélarus. De nouvelles lois liberticides ont été adoptées pour interdire les manifestations et asphyxier les associations. Les défenseurs des droits humains sont plus que jamais harcelés. Le Centre des droits de l’Homme Viasna (« Printemps  » en biélorusse), dirigé par Ales depuis sa fondation en 1996, reste bien entendu dans la ligne de mire des autorités. Récemment, Valentin Stefanovitch, son vice-président, comme d’autres défenseurs des droits de l’Homme, a été interdit de sortie de territoire. Aujourd’hui, on compte encore treize prisonniers politiques au Bélarus, soumis à d’énormes pressions, privés d’avocats, jugés, rejugés et dont les peines ne font que s’alourdir. La libération de deux leaders de l’opposition –Andrei Sannikau, candidat à l’élection de 2010 et son chef de campagne, Zmitser Bandarenka – les 14 et 15 avril dernier ne doit tromper personne sur une quelconque volonté d’ouverture du régime de Loukachenko : en effet, ces opposants ont été relâchés après avoir subi des tortures physiques et psychologiques afin qu’ils signent une lettre dans laquelle ils demandent pardon au président...
Dans le même temps, si ces deux libérations ont été possibles, c’est bien grâce à la pression internationale. Les pays de l’Union européenne avaient durci le ton en rappelant leurs ambassadeurs fin février mais les sanctions prises à l’encontre du Bélarus doivent mieux viser leur cible, au coeur même du régime. La double stratégie de l’Union européenne consistant à affirmer haut et fort son soutien à la société civile bélarusse et à imposer des « mesures restrictives » à l’encontre du gouvernement et de tous les proches du régime de Loukachenko (gels des avoirs, interdiction de visa, notamment), ne pourra porter réellement ses fruits que si les pays membres parlent d’une seule voix.
Or, pour l’instant, les intérêts économiques des États mettent à mal cette stratégie et permettent encore à Loukachenko et à ses amis de contourner les sanctions. Ainsi, fait regrettable, Yuri Chizh, un homme d’affaires proche de Loukachenko pourtant visé par les sanctions de l’Union européenne, a pu conclure un important contrat avec la société slovène Riko pour construire un hôtel de luxe à Minsk, la capitale. Face à la dernière dictature d’Europe, il est impératif que l’Union européenne affiche une unité sans faille, afin que tous les prisonniers politiques et notre vice-président, Ales, soient libérés, sans condition. Du fond de sa prison, Ales Bialiatski écrit encore : « Une neige sèche tourbillonne dehors, le vent fait courir des serpentins blancs sur l’asphalte noir. En quarantaine, on passait nos journées dehors, sous un soleil printanier. Maintenant, le soleil a presque disparu, il se contente de quelques rares apparitions ». Au Bélarus, le printemps tarde vraiment à s’installer...

- AGIR : Pour exiger la libération d’Ales Bialiatski, signez la pétition en ligne sur : http://freeales.fidh.net/




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