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LES IDÉAUX DES RÉVOLTES ARABES MENACÉS



AU LENDEMAIN des révoltes arabes, l’Union européenne a entamé des discussions avec le Maroc, la Tunisie, l’Égypte et la Jordanie afin de conclure des accords de libre-échange complets (DCFTA) [1], faisant suite aux accords d’association signés dans les années 90. Or, ces nouveaux accords, sous couvert d’intégration au marché européen, menacent directement l’économie, les droits sociaux et démocratiques et l’environnement. Sans compter que certains de ces pays n’ont pas encore de constitution et que le débat public sur les choix de développement n’a toujours pas eu lieu. Ces projets d’accords dénient aux peuples des révolutions arabes la souveraineté démocratique pour laquelle ils se sont battus en 2011 !

L’Union européenne dit vouloir « soutenir les pays du printemps arabe dans leur transition vers la démocratie » et impulser une croissance bénéfique à tous. Mais en réalité, ces accords imposeront, sans que les citoyens n’aient été consultés, des choix économiques de long terme qui conduiront à une libéralisation accrue du commerce et renforceront le pouvoir des investisseurs privés européens.
L’Union européenne convoite particulièrement deux types de richesses, pour l’heure sous contrôle étatique ou para-étatique : les ressources naturelles (notamment minerais, pétrole et gaz naturel) et les marchés publics qui privilégient encore les opérateurs économiques locaux. Déjà, en 2005, la libéralisation totale du secteur textile avait liquidé en quelques mois des centaines de milliers d’emplois en Tunisie et en Égypte. Aujourd’hui, les agricultures familiales de la région subissent une pression croissante de l’agro-industrie européenne. Le secteur des services est progressivement « colonisé » par les entreprises européennes qui proposent surtout des emplois nonqualifiés et précaires à la jeunesse pourtant très bien formée et rapatrient les bénéfices sans réaliser d’investissements localement. Quant aux écosystèmes, très fragiles dans la région, ils sont pressurés par l’intensification agricole, l’établissement des zones franches industrielles et la croissance du tourisme de masse.

LALA-HAKUMA DADCI | AITEC - ÉCHANGES ET PARTENARIATS

Notes

[1] En savoir plus : « DCFTAs - A threat to the aspirations of the Arab Revolutions », www.s2bnetworg.org