Altermondes






Sommaire HS n14



EDITO
Fiction ou réalité économique ?
Par David Eloy, rédacteur en chef d’Altermondes

Grèce : la monnaie en tension
Être ou ne pas être dans la zone euro ? Le traitement de la crise grecque par les medias prend souvent des accents shakespeariens, s’inquiétant de la santé économique du pays et négligeant le fait qu’au final c’est la population qui paie le prix fort. Mais cette crise est tout aussi révélatrice de la fragilité des discours assénés par les dirigeants sur les questions monétaires et pourrait finir par conférer une vraie légitimité aux propositions alternatives.
Par ANNA DEMONTIS | Altermondes

1. DE QUELLES RICHESSES PARLE-T-ON ?

Le PIB, une vision obsolète de la richesse
Le Produit intérieur brut (PIB) est un indicateur brandi à tout va, par les politiques comme par les médias, pour diagnostiquer la bonne santé économique des sociétés. On en oublierait presque que, loin d’être un outil de mesure neutre et objectif de la réalité, il procède de conventions datées, sur lesquelles il conviendrait aujourd’hui de revenir pour pouvoir développer des politiques qui répondent aux enjeux du présent.
PAR DOMINIQUE MÉDA | PHILOSOPHE ET SOCIOLOGUE

Parcours : Daniel Santi, les racines d’un savoir
AMAZONIE. Si le monde contemporain voue une foi aveugle au PIB pour mesurer la richesse, il en va autrement des peuples indigènes. Dans la province équatorienne de Pastaza, les indiens Sarayaku défendent ainsi une autre conception des richesses et un mode de vie, menacé par la convoitise des compagnies pétrolières.
Par ANNA DEMONTIS | Altermondes

Vers de nouveaux indicateurs de richesse ?
À l’heure de la crise, la remise en cause du Produit intérieur brut (PIB), comme seul indicateur de richesse, semble faire consensus. Les apparences ne seraient-elles pas plutôt trompeuses ? Entretien avec l’économiste Jean Gadrey sur la réalité du débat international et sur la nécessité d’instaurer une démocratie des indicateurs.
PROPOS RECUEILLIS PAR BENJAMIN SOURICE | JOURNALISTE

Produit doux contre Dépense dure
CANADA. Au tournant du XXIe siècle, des mouvements québécois ont rassemblé des personnes en situation de pauvreté pour mener une réflexion sur la richesse. Deux nouveaux indicateurs en sont nés : le Produit intérieur doux (PID) et la Dépense intérieure dure (DID). Récit d’une aventure qui continue à porter ses fruits.
PAR VIVIAN LABRIE | CHERCHEURE AUTONOME | CANADA

C’est de l’échange que naît la richesse
Le lien est plus important que le bien. Ce postulat a priori évident, les Systèmes d’échange locaux (SEL), qui fleurissent dans toute la France depuis le début des années 1990, ont eu l’occasion de le démontrer à maintes reprises. Leur idée ? Recréer du lien social à travers des échanges de biens et de services au sein d’un circuit économique fermé et alternatif. Reportage au SEL de Paname.
PAR ANNA DEMONTIS | ALTERMONDES

« Le savoir c’est comme le feu, il se trouve chez le voisin »
KENYA. Les systèmes d’échange ne sont pas l’apanage des pays dits riches. S’inspirant de son expérience au Burundi, où il avait expérimenté la démarche dans un camp de réfugiés rwandais, Anastase Ndekezi a créé, il y a quelques années, le Réseau d’échanges réciproques de savoirs (RERs) de Nairobi.
PROPOS RECUEILLIS PAR CLAIRE HÉBER-SUFFRIN | CO-INITIATRICE DES RÉSEAUX D’ÉCHANGES RÉCIPROQUES DE SAVOIRS

« Ouvrir les portes de l’imaginaire »
Prenant appui sur le rapport de Patrick Viveret, « Reconsidérer la richesse », la Compagnie théâtrale la Tribouille a créé un triptyque, Les contes de la richesse, et des saynètes pour la rue, Les petits contes de la richesse à l’usage des êtres humains, qui viennent susciter le débat sur la notion de richesse. Entretien avec Pierre Roba, l’un des fondateurs d’une compagnie qui réconcilie art et éducation populaire.
PROPOS RECUEILLIS PAR ALICE GILLOIRE | JOURNALISTE

2. LES OUTILS D’UNE VERITABLE TRANSITION

Il était une fois le WIR…
Les monnaies sociales et complémentaires ne sont pas nées de la crise. En tout cas pas de celle d’aujourd’hui. En Suisse, le WIR est apparu dans les années 1930, dans le contexte de la Grande dépression. Il a perduré, continuant à soutenir les échanges entre acteurs économiques.
PAR WOJTEK KALINOWSKI | INSTITUT VEBLEN

Des monnaies sociales et complémentaires, trois objectifs
Si le WIR est leur doyenne, c’est seulement depuis les années 2000 que les monnaies sociales et complémentaires (MSC) se multiplient. Mais à quoi peuvent bien servir ces nouveaux dispositifs d’échange locaux de biens, de services et de savoirs ? Quelles en sont les finalités ? Tour d’horizon.
PAR MARIE FARE | ÉCONOMISTE | LABORATOIRE TRIANGLE | UNIVERSITÉ LYON 2

Et si la finalité était le bonheur ?
BHOUTAN. Dans les années 1970, ce petit royaume bouddhiste a choisi de redéfinir son modèle de développement en partant d’un nouvel indicateur : le Bonheur national brut (BNB). Mais, peut-on mesurer le bonheur ? Bilan d’un projet ambitieux, quelques décennies plus tard.
PAR ANNA DEMONTIS | ALTERMONDES

Villes en transition, développement local
ROYAUME-UNI. Né en 2006, le mouvement des Villes en Transition propose une nouvelle vision du développement local dans laquelle la monnaie devient un outil de résilience pour bâtir une société « post-pétrole ». Retour sur le Bristol Pound, une expérience qui permet de réfléchir à un modèle de monnaie de transition.
PAR MARK BURTON | BRISTOL POUND CIC | ROYAUME UNI

Une monnaie qui circule vaut mieux qu’un trésor en tirelire !
ALLEMAGNE. Financer un nouveau parquet pour le club de sport, soutenir les activités d’associations locales, aménager un espace détente dans une association pour jeunes mamans, autant de projets très concrets financés par une monnaie alternative… Rencontre avec Christian Gelleri, initiateur du Chiemgauer en Bavière.
PAR ÉRIK LAVARDE | JOURNALISTE

La monnaie et les comportements vertueux
En Belgique comme aux Pays-Bas, les monnaies favorisant les éco-comportements ont démontré leur redoutable efficacité. Elles sont pourtant à manier avec précaution car il ne s’agirait pas in fine d’en venir à marchandiser les comportements responsables.
PAR ANDREA PARACCHINI | JOURNALISTE

« La monnaie a la faculté fantastique de créer du lien »
BRESIL. Le modèle qu’a initié la Banco Palmas, à Fortaleza, est assez unique. Pour au moins trois raisons : sa gestion strictement communautaire, sa vision territoriale du développement et l’utilisation de monnaies sociales. Mais aussi parce qu’il prouve que la monnaie peut servir le renforcement du lien social entre les habitants d’un même territoire. Reportage.
PAR ALINE KEMP | JOURNALISTE | BRÉSIL

Une monnaie s’enracine dans une communauté de valeurs
PAR PATRICK VIVERET | PHILOSOPHE | AUTEUR DU RAPPORT « RECONSIDÉRER LA RICHESSE »

3. DE L’IMPORTANCE DU DEBAT PUBLIC

« Une démarche politique avec un grand P »
Souvent initié par des groupes de citoyens, le développement des monnaies complémentaires bénéficie aussi de l’appui de collectivités locales qui y voient un moyen de développer les richesses sur leur territoire, de relocaliser l’économie et de promouvoir les comportements responsables.
PAR DAVID ELOY | ALTERMONDES

La Mesure et l’expérimentation sociale
Certains acteurs restent vigilants voire méfiants à l’encontre de la participation de collectivités et d’élus à ces dynamiques citoyennes. Entretien avec Michel Lepesant, l’un des fondateurs de La Mesure à Romans (Drôme).
PROPOS RECUEILLIS PAR FLORE VIÉNOT | JOURNALISTE

« Nous avons pris notre bâton de pèlerin »
En s’engageant dans la mise en place d’une monnaie solidaire à l’échelle d’un département, le Conseil général Ille-et-Vilaine fait figure de précurseur. Entretien avec Jean-Yves Praud, vice-président chargé de l’Économie sociale et solidaire.
PROPOS RECUEILLIS PAR DAVID ELOY | ALTERMONDES

Participation citoyenne : un indicateur de légitimité
Les Régions Nord-Pas-de-Calais et Pays-de-la-Loire ont chacune initié, à leur manière, des consultations publiques dans le but d’élaborer de nouveaux indicateurs de richesse. Associés aux délibérations, les citoyens ont été invités à définir « ce qui compte » pour leur territoire. Retour sur deux expériences, regards croisés entre acteurs.
PAR ANNA DEMONTIS | ALTERMONDES

Promouvoir l’alphabétisation économique
ARGENTINE. La participation des citoyens à l’élaboration et à la gestion d’indicateurs ou de monnaies sociales est certes indispensable, mais elle ne prévient pas, en soi, tous les écueils. Entretien avec Heloisa Primavera, fondatrice du Réseau latino-américain de socio-économie solidaire (RedLASES).
PROPOS RECUEILLIS PAR FABRICE BUGNOT | JOURNALISTE

4. QUELLES PERSPECTIVES POUR L’AVENIR ?

Quand l’État soutient la créativité économique…
BRESIL. Si les monnaies complémentaires fonctionnent au niveau local, leur reconnaissance par les institutions est essentielle pour que ces initiatives prennent de l’ampleur. Depuis 2006, le gouvernement fédéral du Brésil apporte son soutien à la finance solidaire, aux banques communautaires de développement et aux monnaies sociales. Un exemple à suivre.
PAR MARUSA VASCONCELOS FREIRE | CONSEILLÈRE JURIDIQUE À LA BANQUE CENTRALE DU BRÉSIL

Indicateurs : les conditions d’une reconnaissance
Pour qu’un indicateur de richesse devienne un véritable outil d’accompagnement des politiques publiques, il faut que les autorités publiques se l’approprient. Cette institutionnalisation est intimement liée aux conditions d’élaboration des indices. Dans quelles circonstances peut-on envisager une reconnaissance partagée des nouveaux indicateurs ?
PAR FLORENCE JANY-CATRICE | ÉCONOMISTE | UNIVERSITÉ LILLE 1 | COLLECTIF FAIR

L’architecte, la banque et le sucre
EQUATEUR. Pendant longtemps, la possibilité de créer une monnaie complémentaire à l’échelle d’un continent a été considérée comme une idée insensée. Cette utopie est pourtant devenue réalité en Amérique latine où le SUCRE entend libérer les pays de l’ALBA de la mainmise du dollar. Entretien avec Pedro Paez, ex-président de la Commission présidentielle pour la Nouvelle architecture financière régionale en Équateur.
PROPOS RECUEILLIS PAR NABIL RABHI, ANNE-CÉCILE RAGOT ET MATTHIEU VACHEZ | TAOA

Community exchange system L’échange par delà les frontières
AFRIQUE DU SUD. L’avènement des communications via Internet a permis l’émergence de véritables réseaux quadrillant la planète. Créé en 2003, le Community exchange system (CES) reste à ce jour le seul réseau international d’échange alternatif. Parole à son créateur, Tim Jenkin.
PROPOS RECUEILLIS PAR SARAH PORTNOÏ | JOURNALISTE

DEBAT

Des monnaies sociales, de nouveaux indicateurs, et après ?
Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ? La question, aussi triviale puisse-t-elle paraître, mérite d’être posée. Les monnaies sociales complémentaires et les nouveaux indicateurs de richesse se multiplient et viennent questionner nos manières de penser, de construire et de vivre en société. Comment faire pour passer du questionnement à un changement plus global ? Quelles alliances construire ? Quelles articulations trouver avec d’autres outils ? Perspectives.
DÉBAT ANIMÉ PAR DAVID ELOY | ALTERMONDES ET CELINA WHITAKER | MONNAIES EN DÉBAT

- Jérôme Blanc, maître de conférences en sciences économiques à l’Université Lyon 2
- Hélène Combe déléguée générale de l’Observatoire de la décision publique
- Anne-Laure Federici déléguée générale du Réseau des territoires pour l’économie solidaire (RTES)
- Patrick Viveret philosophe, auteur du rapport « Reconsidérer la richesse »

-  BIBLIOGRAPHIE




Dans le même numéro - sur le site :
A paraitre le 5 novembre ! « Monnaies, indicateurs : et si on réinventait la richesse ? »