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« Nous avons besoin de l’Union européenne »

PAR Altermondes


UKRAINE. Chaque jour qui passe permet à la Russie de contrôler un peu plus le territoire ukrainien. Olesya Zukhovskaya, infirmière à Kiev, qui a failli perdre la vie sur la place Maïdan, et Lyudmyla Kozlovska, présidente de l’organisation Open Dialog Foundation, étaient en France mi-avril afin d’interpeller les élus français et de rappeler l’Union européenne à ses responsabilités.


PAR JEANNE LANGE | JOURNALISTE

Lyudmyla Kozlovska et Olesya Zukhovskaya « Nous savons bien que les choses prennent du temps, et que nous mêmes nous ne vivrons pas mieux. Mais nous nous battons pour l’avenir, nous espérons une vie meilleure pour nos enfants et nos petits-enfants. » Olesya Zukhovskaya, infirmière âgée de 21 ans, a rejoint le mouvement pacifiste de la place Maïdan, à Kiev (Ukraine), dès les premières violations des droits humains commises par le pouvoir prorusse, à la fin du mois de décembre 2013. Alors qu’elle exerce son métier de soignante auprès de manifestants, elle est victime, le 20 février 2014, d’une balle de sniper qui lui transperce la nuque et tue un manifestant qui était à ses côtés. Elle manque de perdre la vie. Seule survivante du groupe de personnes qui avait été pris pour cible, elle devient un symbole des violences commises contre les manifestants pacifistes. Aujourd’hui rétablie, elle se bat « pour que l’Ukraine change, de manière concrète, pour que le pays avance du point de vue politique et démocratique ». Elle est accompagnée dans son combat par l’association Open Dialog Foundation (une ONG qui promeut au sein de la région postsoviétique la défense des droits humains et le développement de la société civile),dont la présidente,Lyudmila Kozlovska, ne mâche pas ses mots : « La révolution initiée par les étudiants a commencé il y a maintenant six mois et les citoyens pacifistes en sont les premières victimes, explique-t-elle. Si on ne stoppe pas l’invasion russe, l’Ukraine peut disparaître ».

Commission d’enquête
Le gouvernement de Viktor Ianoukovitch, destitué par le Parlement ukrainien le 22 février 2014, était très corrompu. Ce n’est plus un secret.Mais comment assainir le climat, comment réaliser le processus de « lustration » – c’est-à-dire faire disparaître les éléments corrompus d’un régime– quand personne ne peut garantir la clarté des méthodes ? C’est pourquoi Olesya Zukhovskaya et Lyudmila Kozlovska militent aujourd’hui activement pour la création d’une Commission d’enquête internationale sur les crimes qui ont été commis, afin que leurs auteurs ne restent pas impunis. Alors que l’idéal européen est en perte de vitesse au sein même de l’Union, le peuple ukrainien s’y réfère aujourd’hui pour demander de l’aide. « Il ne s’agit absolument pas de vouloir intégrer l’Union européenne, précisent-elles. Mais nous avons besoin d’elle pour mettre en place des processus transparents et justes. » Et ce d’autant plus que les mécanismes des institutions de l’Union européenne permettent en effet de créer une telle commission. « Une commission composée d’experts internationaux, européens et de représentants du peuple ukrainien devrait ainsi permettre à la justice de s’exercer », ajoute Olesya.

Attente et espoir
Mais pour l’heure, l’Union européenne peine à réagir… Pourtant, le temps est compté ! « La Russie ne va pas s’arrêter à l’Est de l’Ukraine, complète Lyudmila. Des signaux doivent être envoyés, et vite. » Intervention de la communauté internationale – Union européenne, Otan et Onu – pour contrer l’avancée des chars russes et soutien pour faire avancer le processus démocratique dans le pays, telles sont aujourd’hui les urgences avancées par Olesya et Lyudmila, qui se font les porte-paroles de manifestants de la place Maïdan. « Et il ne s’agit pas de faire à la place des Ukrainiens, insistent-elles. Nous construisons nous-mêmes notre avenir, nous nous battons 24 heures sur 24 pour cela, au péril de nos vies, dit Olesya. Cependant, nous avons besoin du soutien de l’Union européenne pour créer un État juste, un État de droits. » Lucides, elles savent que l’Union ne peut pas tout. Mais Lyudmila ajoute : « En ce moment, les Russes tirent sur les citoyens ukrainiens. Est-ce que l’Europe tire sur les siens ? En Russie, je serais déjà en prison pour avoir eu cette conversation. » Les Ukrainiens ne se font pas d’illusions, l’Europe n’est pas la seule solution. Ce n’est pas pour l’Europe que les manifestants sont prêts à mourir, mais pour la justice, la liberté et la démocratie. Et pour les aider à atteindre ces objectifs, ils attendent désormais que l’Union européenne prenne ses responsabilités.




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