Altermondes






Et après ? Où sont les passerelles ?


Les jeunes s’engagent-ils dans la solidarité internationale ? Indéniablement, oui. Les témoignages qui émaillent ce dossier le prouvent. Mais passé le temps de la jeunesse et de la vie étudiante que deviennent-ils ?


Avec leurs armes, avec leurs mots, avec leurs tripes, les jeunes, les étudiants et leurs associations contribuent à la construction d’un monde plus juste : ils sont des acteurs de la solidarité internationale à part entière. Mais passé le temps de la jeunesse et de la vie étudiante que deviennent-ils ? « Les trajectoires varient fortement en fonction des individus, de leurs envies, avance Florian Valmy, vice-président de la FAGE en charge de la solidarité. L’après engagement est une vaste question (1). Ce qui est sûr c’est que ceux qui étaient les plus investis dans leur association vont essayer de poursuivre ailleurs leur engagement voire même de trouver un emploi associatif ».

Plafond de verre
La transition vers la vie active est le premier cap à franchir. Il faut apprendre à concilier vie professionnelle, vie privée et engagement. « Il faut trouver du temps pour l’engagement, reconnaît Fabienne Doizenet (2). On verra si je pourrais continuer quand j’aurai une famille ». Marie Danguin, Florent Genty et Nicolas Nocart, eux, envisagent déjà une suite, sur des projets et des missions au Sud. Quant à Edith Alquier, elle vient d’ouvrir «  le Pot éthique, un lieu de vie, d’échange et de sensibilisation sur l’économie solidaire et l’environnement ».
Même si l’engagement salarié est une réalité du milieu de la solidarité internationale, qu’en est-il de la poursuite de l’engagement bénévole des jeunes ? Sylvain Degliesposti, parallèlement à son implication dans Ph-Tec, vient d’être élu président d’Artisans du Monde Nice. L’arbre qui cache la forêt ? « Les étudiants qui se sont fortement investis dans leur association ont généralement du mal à s’engager de nouveau, regrette Elisa Braley de la FAGE. Rares sont les associations qui tiennent compte des compétences qu’ils ont acquises en terme de responsabilité, d’autonomie, d’expertise et qui leur proposent des modalités d’engagement intéressantes ». Beaucoup de jeunes vont en effet d’abord vers les associations classiques et, quand ils n’y trouvent pas leur compte, créent une association à leur image. « Ce n’est pas trop grave puisque c’est l’engagement qui compte, souligne Augustin Westphal d’Etudiants & Développement. Mais on peut s’interroger sur les groupes jeunes montés par certaines associations. Il n’y a pas, à ma connaissance, de groupes vieux ? Les groupes jeunes seraient-ils un aveu d’échec de l’intégration des jeunes dans les ONG classiques ? ». Pour Rose-Marie Di Donato de Resacoop (3), la confusion règne dans la relation aux jeunes. « La plupart des associations dont les bénévoles vieillissent et dont le modèle de militance date un peu veulent absolument attirer des jeunes. Il y a erreur. Nous devons former des citoyens du monde, pas des militants de nos associations ». _Conséquence de ce hiatus, les jeunes, dont on loue l’énergie, la réactivité, la souplesse et l’imagination, sont régulièrement contactés par les ONG pour coller des affiches, tenir des stands sur des événements, etc. «  Pourquoi ne sont-ils pas associés à la définition des actions ? Pourquoi sont-ils si rarement dans les instances dirigeantes ? », s’interroge Augustin Westphal. De là à parler d’un plafond de verre, il n’y a qu’un pas. Les jeunes n’ont certes pas le même vécu, la même expérience que leurs aînés mais ils sont le fruit de leur époque et s’inscrivent dans une société en constante évolution.

Par delà les clivages
« La question n’est pas réellement une question d’opposition entre jeunes et vieux. La véritable question est de savoir comment on fait vivre un projet », poursuit Augustin Westphal. Il faudrait d’ailleurs limiter la durée de l’investissement sur un projet. C’est important que les fonctions, les personnes tournent pour que le projet vive. D’autant plus que le milieu de la solidarité internationale est un petit milieu ».
Sous-jacente : la question de la transmission. Rose-Marie Di Donato donne l’exemple de l’association Opération Villages Roumains, dans l’Ain. Inquiète du vieillissement de sa base, l’association avait invité à son assemblée générale une poignée de jeunes, non pas pour les convaincre de les rejoindre mais pour les entendre. « Elle a alors compris qu’il était vain de chercher à attirer les jeunes, que ce qui primait c’était la poursuite du travail avec la Roumanie et que compte tenu de cela il s’agissait surtout de soutenir les projets que souhaitaient monter les jeunes en Roumanie, en mettant à leur disposition l’expertise et les contacts d’Opération Villages Roumains ».
La transmission et le renouvellement sont donc les principaux défis pour les associations, y compris les associations de jeunes. « On a été confronté à de nouveaux venus qui étaient impressionnés et ne parvenaient pas à trouver leur place à nos côtés, nous les fondateurs de l’association », relève, un peu ironiquement, Florent Genty. Un étai pour le Vietnam a donc instauré un système de binômes entre anciens et nouveaux pour permettre à ces derniers de mieux s’intégrer et aux premiers de passer la main. "Les jeunes ont leur propres idées.Ils peuvent et doivent être force de proposition dans les associations car ils sont non seulement l’avenri du pays mais aussi leur présent, un présetn bien particulier", conclut Laetitia Hammot.

(1) La FAGE organise d’ailleurs régulièrement des forums sur l’après engagement pour accompagner les jeunes dans leur réflexion et leur permettre de rencontrer et débattre avec d’autres associations.
(2) Fabienne Doizenet, Marie Danguin, Florent Genty, Nicolas Nocart, Edith Alquier et Sylvain Degliesposti sont membres d’associations de jeunes. Lire Solidarité internationale : la relève est assurée en pages 24-25
(3) Reseau Rhône Alpes d’appui à la coopération (Resacoop) – 19 rue d’Enghein – 69002 Lyon – www.resacoo




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