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Coton, une mobilisation réussie

PAR Anne Wagner - GRET


En septembre 2003, l’échec de la Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ne pouvait masquer une victoire : celle des petits producteurs de coton africains face aux grands négociateurs européens et américains.


Le dossier coton, et plus particulièrement le coup d’éclat de Cancun, a été un formidable coup de projecteur sur la capacité de mobilisation des sociétés civiles africaines. Ce sont les organisations de producteurs (OP) du Burkina Faso, du Bénin et du Mali qui, en interpellant leurs gouvernements via l’Appel de Bobo (novembre 2001), ont initié la bataille du coton. L’Appel demandait ainsi « solennellement aux Etats-Unis et à l’Union européenne de supprimer leurs subventions aux producteurs de coton ».

Effet d’apprentissage
L’implication de la société civile africaine s’est, par la suite, confirmée et même renforcée : soutien à la plainte du Brésil déposée en octobre 2002 à l’OMC, appui de l’Initiative sectorielle sur le coton (avril 2003), coup d’éclat de Cancun (septembre 2003) et présence particulièrement visible et stratégique à Hong-Kong (décembre 2005). Dans cette bataille, les organisations de la société civile africaine ont été tour à tour force de proposition, soutien stratégique, catalyseur de l’opposition et caisse de résonance.
L’effet d’apprentissage du cas coton a été indéniable. Les organisations de la société civile africaine en sont sorties mûries. Au fil des différentes étapes du dossier, elles ont organisé leur gouvernance. En juin 2002, quelques mois après l’Appel de Bobo par les OP, l’Association cotonnière africaine a vu le jour. Elle regroupe les principales sociétés cotonnières de la sous-région. En décembre 2004, c’est une fédération des OP cotonnières nationales qui est créée (APROCA, Association des producteurs de coton africains). Désormais, le lien est mieux fait entre les différents échelons de la représentation paysanne : d’une part, entre les OP cotonnières nationales et les OP cotonnières sous-régionales (APROCA), d’autre part entre les OP cotonnières et les OP « tous secteurs agricoles », comme par exemple le ROPPA (Réseau des organisations paysannes et de producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest). Le dossier coton a ainsi permis de mieux caler le rôle et la légitimité des uns et des autres, avec en filigrane, la volonté de mieux relayer les préoccupations des producteurs de la base. Le processus n’est pas encore parfait, mais il suit la bonne voie.

Négociation renforcée
L’investissement des organisations de la société civile africaine dans des différentes enceintes de négociation a fortement progressé. Il est évident qu’au fur et à mesure de la bataille, les OP africaines sont devenues des interlocuteurs de plus en plus incontournables pour les Etats africains. Parfois, en s’appropriant directement l’enceinte de l’OMC. A Cancun, c’est François Traoré, de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPCB) qui a remis à Supachai Panichpadki, directeur général de l’OMC, les pétitions de 250 000 producteurs de coton de la sous-région et qui a pris la parole en leur nom, le ministre burkinabé se plaçant en retrait pour mieux mettre en avant un paysan. Certes, la gestion des filières en interne laisse encore à désirer. Certes, l’influence des OP reste à géométrie variable, en fonction du charisme de leurs représentants et de l’intérêt des Etats à les mettre en avant. Mais les organisations de la société civile occupent de manière de plus en plus crédible la place qui leur est réservée.
Enfin, les organisations de la société civile africaine ont appris à mieux tirer partie des ONG internationales. Ces dernières ont, dans le dossier coton, joué un rôle important de conseil, de renforcement des capacités et de caisse de résonance du combat des OP africaines, à la fois auprès des gouvernements africains et des gouvernements du Nord. L’équilibre est certes ténu, avec un risque de voir les ONG internationales, censées appuyer les organisations de la société civile du Sud, les représenter en étant directement acteur du lobby auprès des gouvernements.
Le dossier coton a ainsi permis à bien des égards de caler le processus d’organisation des sociétés civiles africaines : raison supplémentaire pour regretter que le combat soit si loin d’être abouti !




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