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Du même auteur :
Marie-Line Ramackers - CCFD

Le terreau de la paix



Soif de justice, devoir de mémoire

PAR Marie-Line Ramackers - CCFD


Continent tristement médiatisé pour ses conflits, l’Afrique n’en a pas moins soif de justice et de paix. A Nairobi, Delphine Kemneloum Djiraïbe (Comité de suivi de l’appel à la paix et à la réconciliation) a témoigné du combat de la société civile tchadienne contre l’impunité.


Justice et devoir de mémoire sont des éléments importants dans un processus de recherche de paix et de réconciliation. La justice implique la reconnaissance d’un fait punissable, d’un fait ayant causé des préjudices à autrui. Elle implique aussi l’existence de victimes, de coupables, de bourreaux, de responsables. Pour avoir une paix durable, il faut allier le besoin de justice avec la nécessité d’avoir une histoire commune (le devoir de mémoire), de pardonner mais de ne pas oublier (la lutte contre l’impunité) et de se réconcilier. Au Tchad, le cas Hissène Habré en est un bon exemple.

Un lourd tribut
Hissène Habré est le dictateur qui a gouverné le Tchad de 1982 à 1990. Son règne a consacré la déchirure du tissu social en cultivant la haine entre les tribus, entre les ethnies, entre les communautés et entre les religions, dans le seul but d’asseoir son pouvoir. La police politique était telle que les Tchadiens vivaient la peur au ventre. Tout le monde se soupçonnait, tout le monde s’épiait, tout le monde s’en voulait, tout le monde subissait. Le régime de Hissène Habré, c’est 40000 morts, 200000 veuves et orphelins, plusieurs centaines de disparus, sans oublier d’importants détournements de fonds et de biens publics.
Le 1er décembre 1990, Hissène Habré est chassé du pouvoir par son plus proche collaborateur et se réfugie au Sénégal. Les Tchadiens se sentent libérer d’un dictateur, quand bien même ce sentiment de soulagement ne durera pas longtemps. La dictature laisse un lourd tribut : la nation tchadienne à reconstituer, des populations à réconcilier, de graves plaies à panser, un Etat à reconstruire sur des bases républicaines et démocratiques. Comment faire ?
La chute de Hissène Habré a favorisé l’émergence d’associations de défense des droits humains qui se structurent et agissent en faveur du respect des droits humains, de l’instauration de la démocratie, pour une paix durable et une véritable réconciliation nationale populaire. En 1993, la conférence nationale souveraine leur donne l’occasion de dénoncer les crimes et voies de faits perpétrés par Hissène Habré et ses complices et d’exprimer clairement leur besoin de justice et de réparation.

Lenteur politique
Le gouvernement tchadien n’ayant pris aucune initiative de poursuite à l’encontre de Hissène Habré, ce sont les associations de défense des droits humains tchadiennes qui ont aidé les victimes à porter plainte. D’abord devant les juridictions sénégalaises qui se déclarent incompétentes, puis devant les juridictions belges, saisies en vertu de leur compétence universelle, et qui inculpe Hissène Habré des chefs de crime contre l’humanité, crime de guerre et de génocide. Une demande d’extradition adressée au Sénégal se heurte à une fin de non recevoir : le Président sénégalais Wade transmet le dossier à ses pairs africains. On glisse ainsi du juridique au politique. L’Union africaine remet de nouveau le dossier au Sénégal pour que Hissène Habré soit jugé au Sénégal. Depuis lors, les tractations continuent.
La poursuite de Hissène Habre concourt à assouvir le besoin de justice, pour que les victimes ne versent pas dans la vengeance, source de conflits et de guerres. Elle vise aussi à raccommoder le tissu social, jeter les bases d’une réconciliation et avoir une version commune de l’histoire, celle reconnue par la justice.




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