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Marie Chéron - Association 4D

Marc Gustave - Les petits débrouillards



Aux portes de l’indécence urbaine

PAR Marie Chéron - Association 4DMarc Gustave - Les petits débrouillards


Véritables villes dans la ville, les bidonvilles ont fait leur irruption dans les forums sociaux pour rappeler que les questions urbaines sont un enjeu majeur de développement. Reportage au cœur du bidonville de Matharé.


A Nairobi, comme dans nombre de métropoles en développement, les inégalités criantes façonnent les territoires. Voisinant les quartiers résidentiels aisés, les bidonvilles (slums, en anglais) regroupent 60% de la population sur moins de 5% du territoire. Ces villes dans la ville concentrent les phénomènes de pauvreté et d’exclusion. Le laisser faire a ouvert les portes de l’indécence urbaine. Ces réalités appellent à la mise en place d’une gestion urbaine intégrée et concertée : un enjeu incontournable pour la ville de demain. En attendant, face à l’inertie des autorités, les initiatives naissent pour améliorer les conditions de vie, pour tenter de sortir un tant soi peu de l’abandon.
A trois kilomètres du centre-ville, Matharé est l’un des plus importants bidonvilles de Nairobi. Cette ancienne carrière abrite 500 000 personnes. Absence d’infrastructure, insécurité foncière, insalubrité, pollution diffuse, épidémies, violences… caractérisent ce quartier. Ici, c’est l’exclusion qui semblerait « durable ». Alors, l’accès aux ressources et aux équipements (eau, électricité, toilettes…) devient l’objet de luttes entre ethnies.
Si beaucoup d’ONG et de structures caritatives s’impliquent dans les slums, peu détiennent une véritable compréhension du contexte. Un dispensaire allemand a même été démoli par des habitants faute d’avoir négocié l’emplacement avec eux. Dans un tel contexte, l’association Pride Matharé s’attache à lutter contre la pauvreté, à éduquer et à apaiser les conflits. Son local se trouve à l’entrée du bidonville ; quelques mètres carrés, autofinancés, qui servent de bureau, d’espace d’accueil et de local informatique. Un peu plus loin, la Communauté Health Evangelist, composée d’une quarantaine d’habitants, s’engage pour l’amélioration du cadre de vie : « Il y a un mois, raconte l’un de ses membres, nous avons planté 300 arbres. Nous organisons un nettoyage hebdomadaire des rues ». Deux jeunes membres de la communauté, sans revenu et sans alternative, ont opté pour la production de shanga’a, l’alcool local. « Nous en produisons 200 litres par jour », explique James.
La Communauté Health Evangelist et Pride Matharé partagent le même objectif : sortir le quartier de la misère et de l’abandon des pouvoirs locaux. « Ici c’est Dieu pour tous et chacun pour soi », résume Paul, qui impressionne par sa combativité. Les deux organisations montrent, à elles seules, la capacité des individus à s’auto-organiser. « On n’a pas le choix, il faut bien se battre », conclue Liz, de Pride Mathare.




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