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Olivier Vandecasteele - Bioforce




Engagement et professionnalisation

PAR Olivier Vandecasteele - Bioforce


L’engouement des jeunes pour la solidarité internationale se traduit souvent par une aspiration à trouver un emploi dans le secteur des ONG. Cette professionnalisation, non dénuée d’engagement, ne doit pas pour autant faire oublier que le Sud n’est pas le seul terrain où se construit un autre monde.


Dans le même temps où le monde de la solidarité internationale se professionnalise, les ONG réduisent l’envoi d’expatriés afin de maximiser l’utilisation des compétences locales et éviter la substitution. Entretien croisé de Thierry Ngoie et Thibault Ronsin, tous deux récemment formés à Bioforce.

Pouvez-vous nous présenter vos parcours respectifs ?
TN : Je suis de nationalité congolaise. Un diplôme technique et un autre de gestion en poche, j’ai travaillé plusieurs années en République Démocratique du Congo (RDC) dans le domaine industriel puis l’enseignement. J’ai rejoint le monde des ONG en 2004 sur un poste de logisticien avec l’ONG italienne COOPI. Par la suite, j’étais responsable logistique pour Pharmaciens Sans Frontières. La formation que je viens de clôturer m’a permis de décrocher une première mission en expatriation au Soudan. A terme, je souhaiterais rentrer en RDC, peut-être pour monter une ONG.
TR : Après un voyage au Cameroun en 2001, j’ai obtenu un BTS en Gestion et travaillé quatre ans dans la gestion de ressources humaines. A côté des études et du boulot, j’ai toujours été actif : 13 ans de scoutisme, 5 ans pompier volontaire et bénévole aux restos du cœur… C’est avec ce bagage que j’ai cherché à me spécialiser dans le secteur humanitaire en intégrant la formation d’administrateur. Je viens de décrocher une première mission avec l’ONG Triangle Génération Humanitaire. Départ en novembre 2007.

A-t-on réellement besoin d’expatriés sur le terrain ?
TR : Les expatriés ne sont pas nécessaires sur tous les théâtres de crises humanitaires car les compétences recherchées sont bien souvent présentes sur place ! Un expatrié peut néanmoins s’avérer important dans les phases d’urgence lorsque des compétences techniques ne sont pas aisément trouvables sur le terrain ou par souci de neutralité, lorsque la crise est due à un conflit opposant par exemple plusieurs groupes ethniques ou religieux.
TN : Je suis d’accord avec Thibault. Cependant, d’expérience, je dirais qu’il faut au moins un expatrié par programme et ce, pour deux raisons : d’une part, l’équipe locale est souvent la tête dans le guidon du quotidien et elle a besoin d’un regard extérieur au contexte local ; d’autre part, l’expatrié garantira la transparence et la neutralité de la mission alors que le staff local peut être sensible à la pression des acteurs qui composent l’environnement géopolitique d’une mission.
TR : Les ONG essaient réellement de minimiser l’envoi d’expatriés, ce qui est une très bonne chose. Il n’y a vraiment aucune raison de se substituer à des compétences qui existent dans le pays !

Quel est le profil des expatriés qui partent en mission avec une ONG ?
TN : Le savoir-faire et le savoir-être sont deux qualités indispensables et complémentaires. En effet, il faut avoir une attitude et un comportement adapté et également maîtriser son champ d’application technique : les transports ou les télécoms par exemple pour le logisticien, les finances et la gestion des ressources humaines pour l’administrateur. L’essentiel du travail de terrain sera fait par les équipes locales. L’expatrié devra donc avoir les épaules assez larges pour superviser et contrôler afin d’assurer au programme un fonctionnement optimal, ce qui explique que les ONG demandent de l’expérience professionnelle… mais pas encore assez à mon goût. _ TR : La motivation ne suffit plus, même si elle reste bien sûr primordiale car les conditions de travail seront dures et les heures jamais comptées ! Il faudra diagnostiquer au mieux les besoins du terrain mais surtout se former afin d’y apporter une réponse concrète, raison pour laquelle j’ai rejoint Bioforce avant de tenter une première mission. Enfin, l’ouverture aux autres est indispensable afin d’adapter sa manière de travailler au contexte d’intervention.
TN : Thibault a raison, le comportement des expatriés est primordial. Il laisse parfois vraiment à désirer. Beaucoup « débarquent » sans connaître le contexte et veulent tout changer. Imaginez le ressenti des équipes locales qui voient défiler parfois plusieurs coordinateurs sur une même année ! Enfin, la proximité avec l’équipe locale est primordiale afin de créer un climat de confiance et son comportement devra rester pro 24h/24, même hors du cadre du travail !

Le recrutement des ONG ne serait-il pas adapté ?
TN : Le recrutement des ONG est essentiellement basé sur la motivation et le test des compétences techniques ; moins sur le comportement et l’attitude. Or, on ne peut pas envoyer quelqu’un au bout du monde dans un environnement hostile sans s’assurer d’un minimum de rigueur et d’adaptabilité ! Ayant travaillé plus de deux ans en tant qu’employé local et fait une formation adéquate, je pense désormais être armé pour encadrer une équipe locale.
TR : Il y a d’ailleurs de plus en plus d’expatrié Sud/Sud. Comme Thierry, ils ont débuté comme employés locaux et deviennent expatriés dans d’autres régions… et c’est tant mieux !

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes intéressés par la solidarité internationale ?
TN : Beaucoup d’occidentaux s’intéressent à l’humanitaire pour s’évader de leur quotidien, pour rencontrer une culture ou un nouveau pays. Ces motivations ne sont pas suffisantes. Il faut de l’expérience professionnelle et il en faudra de plus en plus, c’est inéluctable ! En mission, l’engagement se teste sur la durée, après trois ou quatre mois, quand l’éloignement se fait sentir et les difficultés s’accumulent. Mais accrochez vous car le travail est réellement passionnant et utile !
TR : Faites des choses autour de vous, il existe plein de moyens de s’engager et de causes à défendre ! Ici et là-bas ! Mon expérience de pompier volontaire en France, par exemple, m’a permis de travailler en équipe dans des contextes difficiles. Ce sera un atout lors de ma première mission. Et quel que soit le contexte, restez motivés, ouverts d’esprit et à l’écoute des autres !




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