Altermondes



Du même auteur :
David Lopez - Ligue de l’enseignement

De Marcouville à Bamako



Partir : une démarche à construire

PAR David Lopez - Ligue de l’enseignement


Nombreux sont ceux qui veulent partir aider les pays du Sud. Mais pour que cette démarche ait un sens, pour les citoyens du Nord comme pour ceux du Sud, il faut l’inscrire dans un processus et prendre quelques précautions.


Désir ou processus ?
Leur volonté est quelquefois étayée par une analyse poussée des relations géopolitiques, idéologiques ou stratégiques, ou le fruit de réflexions plus banales. Elle peut être également mue par un élan de générosité, de compassion ou par le sentiment intime et diffus qu’il faut « faire quelque chose pour eux ». Ce désir d’aider est souvent mêlé à un appel à partir, à se rendre compte par soi-même, à vivre une expérience humaine, imaginée riche et fondatrice. Bien sûr, partir, se décentrer de sa personne, accepter de vivre ce cheminement personnel et relationnel est un des éléments de la construction du rapport à l’autre et une possibilité offerte de consolider les bases de sa citoyenneté. Toutes les raisons qui nous poussent à ce déplacement sont légitimes, justifiables. Certaines ne sont pas plus nobles ou justes que les autres.
Agir dans une volonté de solidarité internationale impose toutefois de prendre des précautions. Il faut surtout accepter de s’inscrire dans un processus dont l’origine est bien avant le jour du départ et la fin (provisoire) bien après le retour.

Pourquoi la solidarité internationale ?
La première interrogation doit porter sur les motivations qui nous animent. Notre histoire personnelle, celle de notre famille, celle enfin de nos rencontres avec les autres sont autant d’éléments de compréhension de notre désir de partir. « Me comprendre, pour comprendre les autres ». Mais nos motivations sont également inscrites dans notre rapport à l’histoire des peuples, des nations, dans notre appréhension de l’histoire de notre pays en lien avec celle des pays du Sud. Sans faire une introspection trop poussée, nous devons clarifier les termes de coopération internationale, de solidarité, d’échanges et de rencontres, afin que notre mode d’action, notre relation aux partenaires du Sud soient clairs, pour eux comme pour nous. Clarifier les termes permet de mieux définir notre rapport à la colonisation, à l’émergence des démocraties et des économies au Sud, au type d’échanges que nous voulons créer « entre eux et nous ». Ceci est nécessaire pour vivre une authentique rencontre et afin d’éviter les malentendus, les fausses demandes, les faux échanges.

Ecouter la demande et la faire émerger
La logique de solidarité internationale impose de s’éloigner de modes d’action où le « coopérant » (le volontaire, l’expatrié, peu importe le terme) apporte, seul, une lecture de la réalité locale et propose des solutions qui semblent cohérentes. En effet, l’analyse du terrain, des demandes, des besoins doit être effectuée conjointement par les partenaires du Nord et du Sud. Quand on est jeune, cela n’est pas toujours possible. Il faut alors partir dans une ouverture et une écoute attentive aux demandes des personnes du Sud. Accepter que les propositions que l’on a imaginées ne sont peut-être pas les plus efficaces ou les plus pertinentes. Il faut accepter le temps de l’observation, de la compréhension des enjeux et des éléments de la vie de l’autre, avant d’agir. Cette attitude n’est ni passive ni attentiste. Elle doit favoriser les constructions communes.

Une évaluation permanente
Une des clefs de la réussite est de réinterroger de manière permanente le projet. Nous pouvons le faire seuls, mais nous avons aussi besoin de regards extérieurs. Nos partenaires au Sud peuvent jouer ce rôle. Il faut créer des espaces tiers qui peuvent apporter cette vision critique. C’est aussi une manière de décentrer notre action, en considérant qu’elle est interrogeable et perfectible. Partir, oui bien sûr, mais pas n’importe comment. Les pays du Sud ont besoin de partenaires solidaires et conscients de leurs rôles. C’est ainsi que la solidarité internationale a du sens pour les citoyens du Nord comme pour ceux du Sud.

(1) Plus d’information : www.laligue.org
(2) Comité national des associations de jeunesse et d’éducation populaire (www.cnajep.asso.fr)




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