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Tania Watine - Journaliste




Palestine : la parole contre les armes

PAR Tania Watine - Journaliste


Grâce à l’association Génération Palestine, 250 jeunes européens sont déjà partis en Israël et en Cisjordanie pour mieux comprendre le conflit. Et pour ne pas rester seul avec leur révolte, ils s’engagent dès leur retour à soutenir le peuple palestinien et contribuent, à leur échelle, à l’instauration de la paix.


Ils sont âgés de 18 à 24 ans, issus de milieux socioculturels les plus divers et habitent Lyon, Madrid ou Bruxelles. Tous ont un jour entendu parler de l’association Génération Palestine (1) qui propose un voyage de deux semaines en Israël et en Palestine. Tous se sont fait la même réflexion : « Depuis mon enfance, on me parle de ce conflit. Cette fois, je vais voir - sans filtre médiatique - ce qui se passe là-bas ». Et tous reviennent bouleversés et n’ont qu’une envie : témoigner pour que s’arrête l’injustice. En s’engageant dans Génération Palestine, ils espèrent mobiliser suffisamment de citoyens pour faire pression sur leurs dirigeants, afin que ceux-ci agissent pour une paix juste au Proche-Orient, c’est-à-dire, pour la création d’un Etat palestinien viable.

Héritage humaniste
L’histoire commence au printemps 2005. Omar Somi, alors étudiant à Sciences Po et responsable parisien de la GUPS - Union générale des étudiants de Palestine - organise un circuit de dix jours de découverte en Israël et dans les Territoires palestiniens pour des militants de l’UNEF - Union nationale des étudiants de France. Parmi eux, Emilie Trigo, qui termine ses études de professeur des écoles. Plutôt pro-israélienne, elle découvre, révoltée, les conditions de vie des Palestiniens sous occupation. Omar lui fait alors part de son rêve : montrer à un maximum de jeunes ce terrain qu’ils ne connaissent que par médias interposés. Grâce au soutien financier et logistique de la GUPS, les deux jeunes travaillent jour et nuit pour trouver des subventions et organiser un nouveau voyage. Les trente étudiants qui partent deux mois plus tard sont à leur tour bouleversés par l’accumulation de check points, tronçons de mur et par les témoignages de pacifistes israéliens et de familles palestiniennes. La machine est en route. Un an plus tard, cent jeunes européens prennent la route de Tel Aviv, Jérusalem, Djénine ou Naplouse. Etudiants et salariés, issus des quartiers chics ou populaires, jeunes filles voilées et Français pur souche, tous sont indignés par la situation et décident d’organiser leur solidarité avec le peuple palestinien. En octobre 2006, l’association Génération Palestine voit le jour et précise dans sa charte : « Jeunes d’Europe, nous sommes les héritiers de valeurs humanistes et universalistes auxquelles l’Europe a contribué, mais aussi d’une Histoire qui révèle la fragilité de ces principes et le besoin permanent de les rappeler et de les défendre. Nous souhaitons, par notre réflexion et notre action, faire vivre une Europe qui contribue à un monde plus juste et à une Palestine libre ».

Des questions universelles
Les activités régulières se mettent en place : collectes de dons pour les camps de réfugiés, séances d’information, notamment dans les universités, participation aux manifestations de solidarité internationale. Fin 2006, un nouveau projet se monte : « Nos voix pour la Palestine » demande à des artistes de s’engager à leurs côtés. Des chanteurs de la scène hip-hop acceptent aussitôt, en participant à un concert de soutien à Stains (Seine Saint-Denis). En septembre 2007, une dizaine d’entre eux partiront au Proche-Orient pour découvrir, échanger et chanter sur place avant d’enregistrer, en 2008, une compilation.
Deux ans après avoir organisé le voyage pour quelques syndicalistes étudiants, Omar, devenu secrétaire général de Génération Palestine, est rassuré : « Certaines associations se plaignent du manque d’investissement de la jeunesse, notamment des quartiers populaires. Mais notre expérience prouve que si la cause est claire et nette, elle peut mobiliser, y compris chez les jeunes d’origine arabe qui s’investissent pleinement en tant que citoyens. La Palestine soulève des questions universelles qui se retrouvent aussi dans notre société : justice, lutte contre le racisme, "vivre ensemble" ».
Mi-août, 155 jeunes dont la moitié étaient espagnols, belges et suisses, sont rentrés d’un nouveau voyage sur ces terres conflictuelles. Comme les deux anciens combattants, israélien et palestinien, qu’ils ont rencontrés à Jérusalem, ils ont l’espoir que leur parole joue contre les armes. Et pensent à ce dicton d’un vieux Palestinien : « Mieux vaut allumer une bougie, que se plaindre de l’obscurité ».

(1) Plus d’information : www.generation-palestine.org




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