Altermondes






Accueil du site > N°26 - Juin 2011 > « Renforcer l’influence de la société civile »

« Renforcer l’influence de la société civile »


Cote d’Ivoire. Alors qu’Alassane Ouattara vient d’accéder effectivement à la présidence, le pays est loin d’être sortie de la crise. La réconciliation des Ivoiriens est possible, mais à condition de consulter et d’impliquer la société civile ivoirienne. Entretien avec Patrick N’Gouan, coordinateur de la Convention de la société civile ivoirienne (CSCI).


PROPOS RECUEILLIS PAR CAMILLE LIEWIG | ALTERMONDES

Qu’est-ce que la Convention de la société civile ivoirienne (CSCI) ?
Patrick N’Gouan  : La CSCI est une plateforme composée de 134 organisations de la société civile ivoirienne. On peut les répartir en quatre groupes : les organisations confessionnelles, les professionnelles, les syndicales et les non-gouvernementales. La société civile ivoirienne est riche et diversifiée mais elle n’a jamais eu d’influence sur les évènements et les décisions prises pour régler la crise. Elle a ainsi été systématiquement mise de côté lors des tentatives de conciliation à Marcoussis (France, 2003) et à Accra (Ghana, 2004). Au sein de la Convention, les organisations peuvent mutualiser leurs efforts, mettre en synergie leurs actions et inverser la tendance afin de renforcer l’influence de la société civile ivoirienne.

Quel rôle a joué la Convention pendant la crise ?
P.N. : La CSCI a été créée formellement en octobre 2005. Mais elle était déjà active sur le terrain, dès 2002, lors de la partition du pays, mettant en garde le monde associatif du danger de laisser les politiques seuls décideurs dans la gestion de la crise. Elle a émis de nombreuses recommandations pour réconcilier les Ivoiriens.Malgré des campagnes de presse et de lobbying auprès des diplomates de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), de l’Union africaine, du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et des partis politiques ivoiriens, elle est restée peu écoutée. En février 2008, elle a organisé les états généraux de la société civile ivoirienne,dressant le diagnostic de ses faiblesses et élaborant une stratégie de renforcement de son influence. En mai 2009, des partis politiques, des chefs religieux, des syndicats, des ONG et des entreprises ont participé aux journées du consensus national.Cinquante résolutions ont été élaborées afin de réformer la constitution. Avant que le processus électoral ne démarre, la CSCI est allée à la rencontre des différents candidats pour qu’ils s’engagent à intégrer ses résolutions dans la constitution. Ce qu’ils ont fait.

Quel regard porte la CSCI sur ce qui s’est passé à l’issue de l’élection de décembre 2010 ?
P.N. : La CSCI a participé à l’observation du processus électoral, de 2008 à 2010. Elle a remis un rapport qui mentionne pas moins de 1100 irrégularités que ce soit dans le scrutin, dans le recensement ou dans les listes électorales. Ces irrégularités ont eu lieu des deux côtés. Il est clair qu’Alassane Ouattara a gagné les élections. Il est déplorable qu’il ait dû utiliser les armes pour accéder à la présidence. La CSCI est prête à l’aider dans la dure tâche qui l’attend mais il doit s’engager à respecter quatre conditions indispensables. Tout d’abord, le Premier ministre ne doit pas être impliqué dans la rébellion afin de faciliter la réconciliation des Ivoiriens. Le Chef d’Etat major et le Ministre de la défense doivent eux aussi être neutres pour permettre de réunifier les deux armées.Les populations doivent être désarmées selon un processus transparent. Enfin, le président doit mettre en place une commission indépendante « vérité, justice et réconciliation ».Alassane Ouattara est redevable envers les personnes qui l’ont aidé mais pas à n’importe quel prix. Soutenues et saluées par l’Union africaine, ces conditions sont dans son propre intérêt.Pour se montrer digne et surtout asseoir sa légitimité à la tête du pays.




Dans le même numéro - sur le site :
La volonté de notre temps
Justice pénale internationale - Sommaire -
« Raconter les histoires secrètes du pouvoir »
Malaisie : du clic aux urnes
GASLAND