Altermondes






Accueil du site > N°26 - Juin 2011 > « Raconter les histoires secrètes du pouvoir »

« Raconter les histoires secrètes du pouvoir »


Raja Petra Kamarudin (alias RPK) est le blogueur le plus (im)populaire de Malaisie. Après avoir été emprisonné 56 jours sans procès, il vit aujourd’hui en exil au Royaume-Uni. Connu pour ses révélations explosives, il poursuit son activisme sur son site Malaysia Today, qui attire plus de visiteurs que la plupart des journaux malaisiens.


Propos recueillis par Céline Boileau | Altermondes
Les médias ont beaucoup parlé du rôle d’Internet dans les révolutions du monde arabe, quel enseignement en tirez-vous ?
Raja Petra Kamarudin : Si je voulais être culotté, je dirais que ce sont eux qui ont pris des leçons sur nous, car nous avons commencé la nôtre en 2004, et dès 2008 nous avons vu que la mobilisation sur Internet pouvait bouleverser le rapport de forces.Mais là-bas, ça a marché immédiatement car ce sont les gens eux-mêmes qui se sont mobilisés contre le gouvernement, alors qu’en Malaisie ce sont deux groupes politiques, et nous devons donc convaincre les électeurs.

Vous avez contribué à l’histoire de cette mobilisation en Malaisie. Pourriez-vous nous raconter votre expérience ?
R.P.K. : Au milieu des années 90, j’étais journaliste sportif. Un ami m’a créé une adresse email.Au début, je ne savais même pas avec qui communiquer ! Puis j’ai créé une liste de diffusion à laquelle j’envoyais quelques réflexions politiques.Les gens ont répondu et mon réseau s’est étoffé.En 1998, le parti d’Anwar Ibrahim a créé un département Media dont on m’a confié la responsabilité. Puis j’ai créé mon propre site. Il s’appelait simplement Raja Petra Website, mais tout le monde le connaissait ! La société civile et l’opposition se sont surtout mobilisées après l’échec électoral de 2004, afin de récupérer les voix indécises de la population urbaine. J’ai participé au journal du parti, mais je le trouvais trop consensuel. J’ai démissionné et créé Malaysia Today, toujours dans le but de préparer les futures élections. Ce que je voulais, c’était raconter les histoires secrètes du pouvoir. Il y en a d’autant plus que le pays est dominé par un seul parti. Aujourd’hui je l’ai divisé en deux : une moitié pour le pouvoir, l’autre pour l’opposition,qui doit apprendre à exercer son pouvoir… Ma sympathie va toujours à l’opposition.

Quelles difficultés rencontrez-vous aujourd’hui  ?
R.P.K. : Tout d’abord, il est plus commode d’opérer depuis le Royaume-Uni que depuis la capitale, Kuala Lumpur. Là-bas, la police a déjà pris six fois mon ordinateur, mes CD… chaque fois il faut tout racheter ! En Malaisie, nous avons la liberté de parole : nous ne la perdons qu’après avoir parlé. De plus, on voit toujours mieux de l’extérieur ce qui se passe dans son propre pays. Toutefois, comme Malaysia Today est hébergé à Singapour et aux Etats-Unis, cela nous coûte cher. L’autre problème est que le site est constamment attaqué. Se protéger a aussi un coût.




Dans le même numéro - sur le site :
« Renforcer l’influence de la société civile »
La volonté de notre temps
Justice pénale internationale - Sommaire -
Malaisie : du clic aux urnes
GASLAND