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« Le Guatemala est loin d’être un pays démocratique »


Le gouvernement a renouvelé en juillet 2010 le contrat d’exploitation pétrolière de la société française Perenco. Entretien avec Anibal Garcia, député guatémaltèque opposé à ce renouvellement et engagé dans les prochaines élections présidentielles aux côtés du Front de gauche².


Propos recueillis par Camille Liewig | Altermondes

Sur quoi vous basez-vous pour affirmer que le renouvellement du contrat est illégal ?
Anibal Garcia [1] : Les ressources environnementales sont une richesse publique au Guatemala. La Laguna Del Tigre est une zone naturelle protégée, l’une des plus importantes zones humides d’Amérique centrale. Or, la loi guatémaltèque interdit toute exploitation de ressources naturelles en zone protégée. Le Conap, l’instance de gestion des zones protégées, a lui-même interdit le renouvellement des exploitations en zone protégée du fait du risque de pollution. Et malgré tout, malgré ce cadre législatif, le gouvernement d’Alvaro Colom a renouvelé le contrat d’exploitation. Il est donc illégal. Par ailleurs, sur le plan économique, les termes du contrat ne sont bénéfiques que pour l’entreprise, et non pour l’Etat ou la population. A long terme, ce contrat aura des conséquences sociales, environnementales et économiques déplorables pour le Guatemala.

Comment vous expliquez-vous cette décision  ?
A.G.  : Seuls trois ministres ont voté contre le renouvellement alors même que des lois de la république et des lois environnementales ont été violées. Il existe de forts soupçons de corruption de l’exécutif et du législatif. Des documents administratifs ont également été falsifiés. Par exemple, dans le plan de gestion de la Laguna Del Tigre (élaboré par le Conap), l’exploitation pétrolière a disparu de la liste des causes possibles de pollution. Il n’y a aucune transparence dans le processus décisionnel, sans parler du fait que personne ne sait réellement ce que ces puits rapportent à Perenco [2].

Aujourd’hui, quelle est votre marge de manoeuvre pour faire reculer le gouvernement ?
A.G.:Au niveau national, elle est restreinte. Un exemple : des députés allemands ont proposé une initiative de type Yasuni [3] au Président Alvaro Colom qui ne l’a pas sérieusement étudiée. C’est pourquoi une association guatémaltèque a déposé un recours, accepté par les Etats-Unis, à la DR-CAFTA [4] pour concurrence déloyale, au motif que l’Etat guatémaltèque ne respectait pas les lois environnementales du traité. La Commission interaméricaine des droits de l’Homme va également être saisie pour le non-respect des droits des communautés.

Cette lutte est-elle un enjeu des prochaines élections présidentielles ?
A.G. : Cette lutte reflète les problèmes récurrents du pays : l’impunité et le trafic d’influence, le non-respect de l’état de droit et des lois environnementales, la non-défense des intérêts nationaux pour que l’exploitation des ressources naturelles bénéficie aux populations. Le Guatemala est loin d’être un pays démocratique. Le paysage politique est composé principalement d’oligarques complètement réfractaires au changement. Dans la campagne présidentielle, le Front de gauche défend l’idée que l’exploitation des ressources naturelles doit se faire par l’Etat. Mais nous sommes les seuls. Le plus important dans le futur est de sortir de ce modèle irresponsable d’exploitation des ressources.

Notes

[1] Anibal Garcia est candidat à la vice-présidence au coté de Rigoberta Menchu, prix Nobel de la paix en 1992. Les élections présidentielles sont prévues le 11 septembre.

[2] Perenco qui se présente comme un défenseur des arts et de la culture maya est le principal mécène de l’exposition « Maya de l’aube au crépuscule » au musée du Quai Branly à Paris (du 21 juin au 2 octobre).

[3] En Equateur, le président Rafael Correa a proposé à la communauté internationale de ne pas exploiter le pétrole du parc Yasuni en échange d’une somme équivalant à 50 % des bénéfices que le pays aurait tirés de l’exploitation de cette ressource.

[4] La DR-CAFTA est un traité de libre échange qui lie le Costa Rica, la République Dominicaine, le Salvador, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua et les Etats-Unis.




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