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L’avocat de la mer

1 av. J.C.


SENEGAL. Entretien avec Haidar El Ali, directeur de l’ONG Oceanium et président du parti écologiste FEDES (Fédération démocratique des écologistes du Sénégal).


Propos recueillis par Benjamin Sourice | Journaliste

Vous avez été classé parmi les cent écologistes les plus influents de la planète par Le Monde. Quel est votre parcours ?
Haidar El Ali : C’est en devenant plongeur professionnel, que je me suis fait l’avocat de la mer, car j’observais dans les fonds les résultats de techniques de pêche dégradantes et très peu sélectives.Avec d’autres plongeurs, nous avons fondé l’association Oceanium à Dakar et, en 1998, nous nous sommes engagés dans la mise en place d’aires marines protégées au Sénégal. Au milieu des années 2000, nous avons développé un programme de restauration de la mangrove pour stopper la salinisation des sols, en particulier des rizières, dans les zones côtières. En 2006, nous avons franchi une étape en impliquant les populations dans le programme de reboisement. Aujourd’hui, nous avons plus de 400 villages partenaires de notre campagne « Plante ton arbre », en 2010 nous avons reboisé plus de 5 500 hectares de mangroves. C’est ça le coeur de l’écologie africaine : des populations maîtrisant et protégeant leur environnement.

Quelle est votre vision de l’écologie africaine ?
H.E.A. : Lorsque je viens en Europe, j’entends parfois dans les médias des détracteurs dire que l’écologie est une préoccupation de pays riches. C’est complètement faux. En Afrique, nous vivons sur une économie de prélèvement des ressources naturelles, comme ces pêcheurs dont le budget pour l’alimentation, la santé et l’éducation des enfants dépendra des revenus tirés de la pêche.Mais c’est la même chose pour les agriculteurs, les producteurs de bois… Le problème, c’est que nous transformons très peu de la production localement et nous en tirons un bénéfice minimum. À partir de là, l’écologie n’est pas un luxe mais devrait être une préoccupation vitale pour les Africains. Sauvegarder les terres cultivables, conserver des forêts saines et préserver la ressource halieutique, c’est une question de survie.

Quel est l’impact de la politique sur la situation écologique du Sénégal ?
H.E.A. : Aujourd’hui la situation n’est pas reluisante. Une large part de la société sénégalaise a compris que nous étions gouvernés par des politiciens corrompus. Or la corruption a aussi un impact désastreux sur l’environnement.Beaucoup de contrats d’exploitation des ressources naturelles se font sur la base de marchés truqués : cela concerne l’industrie minière en Casamance, la vente de terres agricoles à des multinationales – au détriment des communautés rurales –, l’attribution de permis de pêche hors quota à des bateaux usines chinois, russes et européens… Tout cela n’est possible que parce qu’il n’y a pas de démocratie réelle mais seulement des politiciens préoccupés par la reconduite de leur pouvoir.

A LIRE : Haïdar El Ali, itinéraire d’un écologiste au Sénégal, Bernadette Gilbertas, Ed. Terre vivante




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